Présentation du Numéro 4 

 

DE LA LITTERATURE ET DE SON ENSEIGNEMENT

BENSELIM Abdelkrim

Centre universitaire d’Aïn-Témouchent / Algérie

Benslim2012.abdelkrim@gmail.com

 

Rappelons-le d’emblée, l’argumentaire le mentionne nettement à sa fin, ce numéro « se veut une réflexion sur la fin ou non de la littérature, sur l’enseignement de la littérature, ses enjeux ainsi que sur les perspectives définies en termes de faisabilité pouvant se dessiner à l’horizon en vue de la réhabilitation du texte en tant que produit de culture conçu dans toute sa plénitude et incarnant largement la littérarité qui lui confère sa spécificité et son caractère culturel sui generis ». Il y est donc question de littérature et d’enseignement de cette discipline, notamment au lycée et à l’université.

Les divers articles ici rassemblés s’accordent à évoquer sans ambages une « crise » qui traverse d’une manière ou d’une autre l’enseignement des textes littéraires, et ce, dans tous les pays du monde. Ce constat, faut-il le rappeler, a déjà été fait au début de ce millénaire par nombre de critiques et de théoriciens. L’un à avoir tiré de façon apocalyptique la sonnette d’alarme est bel et bien Tzvetan Todorov (le choix de ce nom a été fait à titre indicatif seulement : voir sources biblographiques ) qui, en 2007, dans un constat incontestablement désabusé, proclamait avec conviction son rejet d’une littérature devenue, depuis la fin du XIXe siècle et le début du XXe, mais surtout après les années soixante, « objet langagier clos, autosuffisant, absolu » (Todorov : 2007, 31). Et depuis, cette question, devenue au fil des ans objet de véritables polémiques passionnelles  n’a cessé de préoccuper critiques, théoriciens et autres chercheurs en littérature mais aussi en didactique de la littérature. À preuve, jusqu’à ce jour, ce débat est loin d’être clos et continue au contraire à créer de sérieuses tensions entre les tenants d’un alarmisme indéfectible qui, à l’image de l’auteur de La littérature en péril, en veulent à tous les formalismes qui « auraient substitué à l’étude du texte l’étude des méthodes mises en place, confondant les moyens avec la fin, remplaçant celle-ci par ceux-là » (Botnari, 2018 : 107) et le mouvement de tous ceux qui se réclament du formalisme et du structuralisme littéraires tout en proclament haut et fort la clôture de l’œuvre littéraire, son immanence, son « autoréférentialité ». 

En fait, c’est une question qui concerne inséparablement la littérature en tant qu’activité culturelle et intellectuelle, la didactique des textes littéraires mais aussi toutes les disciplines qui, dans le sillage de la pensée de la complexité si chère à Edgar Morin, peuvent s’en saisir moyennant leurs propres outils d’investigation. Ainsi, peuvent être indifféremment citées à cet égard ― et à titre indicatif ― des disciplines aussi importantes que la sociologie de la littérature, les sciences de l’information et de la communication, l’histoire des idées et des mentalités et les neurosciences.  Cette complexité met, en réalité, le doigt sur notre incapacité, voire notre impossibilité, d’appréhender cette problématique dans sa totalité, dans son mouvement intégral de relations endogènes autant qu’exogènes.

Ceci étant, les auteurs des articles de ce numéro, tout en ayant à l’esprit l’envergure de cette complexité, se sont limités, en fonction  du créneau de leurs recherches, chacun, à un aspect de la question. Il conviendrait, afin de mieux saisir l’état de la « crise » de la chose littéraire dans sa globalité ainsi que ses enjeux, de lire plus d’un  article, et dans un mouvement de mise en relation et de compréhension qui dépasserait le contingent, le local et le particulier tout à la fois.

 

Sources bibliographiques

BOTNARI  L. 2018. « De la théorie à la mise en péril de la littérature. Positions de Tzvetan Todorov au sein du champ des études littéraires en France ». Dans Suite française. 1/2018 Pensare (con )Todorov. pp. 94-109. En ligne. https://suitefrancaise.labcd.unipi.it/wp-content/uploads/2018/11/Botnari-Sf-1-2018.pdf, consulté le 20 juin 2019.

COMPAGNON A. 2007. La Littérature pour quoi faire, Paris. Fayard.

JOURDE P. 2002. La littérature sans estomac. Paris. L’Esprit des péninsules.

JOUVE V. 2010. Pourquoi étudier la littérature ? Paris. Armand Colin.

MAINGUENEAU D. 2006. Contre Sainte-Proust ou la fin de la littérature. Paris. Belin.

MILLET R. 2007. 2007. Désenchantement de la littérature. Paris. Gallimard.

TODOROV  T.  2007. La littérature en péril. Paris. Éditions Flammarion.